Histoire du lieu

Abbaye Royale A l’origine, une celle. Un prieuré dépendant de l’abbaye de Lesterps (diocèse de Limoges) dont le sanctuaire, placé sous le vocable de la Vierge, voit «fleurir» en 1095, de nombreux miracles et devient le lieu d’un pèlerinage fréquenté et proche d’un chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Une abbaye indépendante de l’ordre de Saint-Augustin entre 1137 et 1140, mais aussi une seigneurie ecclésiastique dont les biens vont s’accroître au gré des offrandes et des donations. Jean d’Usson est son premier abbé. L’abbatiale romane, dont il ne reste aujourd’hui que le portail à voussures polylobées date de cette époque. Si durant les siècles suivants, le succès du pèlerinage ne se dément pas (en 1395, il porte le nom de Septembresche) la guerre de Cent Ans qui sévit aux XIVe et XVe siècles touche sévèrement l’abbaye dont « l’église et le clocher » menacent de tomber en ruine. L’aide du pape Martin V, en 1429, sera nécessaire pour les rétablir.

Mais c’est grâce à Louis XI qui vénère entre autres la Vierge de Celles que l’abbaye va bientôt connaître « son âge d’or » ; multipliant dons et privilèges, il permet à partir de 1471, la reconstruction de l’église abbatiale romane et la restauration de la chapelle Notre-Dame. « A la moderne », c’est-à-dire dans le style gothique du moment. Louis de Lézignac, puis Mathurin II Joubert de la Bastide, abbés et sans doute maîtres de l’ouvrage, y ont apposé leur blason.

A partir du XVIe siècle, le système de commende qui autorise le roi à nommer les abbés ouvre la voie aux abus. Geoffroi d’Estissac, premier abbé commendataire cumule les bénéfices. La Réforme que vient prêcher Calvin à Poitiers gagne une partie du Poitou. Les guerres de religion qui suivent opposent catholiques et protestants. Saccages et coups de mains s’enchaînent. L’abbaye presque toute entière est détruite en 1568.

Au cours du XVIIe siècle, l’esprit de la Contre-Réforme inspire le renouveau spirituel et la foi qui préside aux grands travaux de restauration de l’abbaye. François de La Rochefoucauld d’abord, Louis II de La Rochefoucauld ensuite, qui introduit les chanoines réguliers de la Congrégation de France (Les Génovéfains) en 1651, en sont les initiateurs.

Mais il faut l’ardeur missionnaire des prieurs Nicolas de Saint-Gobert et Robert Brethe de Clermont pour que la restauration de l’église abbatiale et la construction partielle d’un logis conventuel, d’architecture classique, soient menées à leur terme sous l’abbatiat d’Henri de La Rochefoucauld. François Le Duc dit Toscane, le maître d’œuvre, a inscrit dans la pierre les étapes de cette réhabilitation.

La Révolution qui éclate en 1789, année où Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord prend par procuration, possession de son siège, scelle le destin de l’abbaye. La vente de ses biens comme biens nationaux, l’expulsion de ses religieux , la fermeture de l’église, la transformation de l’abbatiale et du logis conventuel en lieux de détention pendant les guerres de Vendée sont les épisodes les plus marquants de cette décennie révolutionnaire.

Après le Concordat de 1801 qui rétablit l’exercice du culte, l’abbatiale devient l’église paroissiale Notre-Dame. Le logis conventuel, propriété privée, perd sa charpente et sa toiture d’origine. Quand au pèlerinage, tombé en désuétude, il est rétabli en 1899.

L’ultime effort des Montfortains, à partir de 1921, pour redonner une âme à « l’Abbaye », cesse définitivement en 1970.

Propriété de la commune de Celles-sur-Belle depuis le 23 avril 1971, l’abbaye royale est classée monument historique en 1977 et sa restauration commence sous la conduite de l’architecte en chef des Monuments Historiques.